Sérotonine de Houellebecq : une oeuvre mineure.

Il devait être le chef d’oeuvre de la rentrée littéraire 2019. Le dernier roman de Michel Houellebecq était, bien avant sa sortie, d’ores et déjà considéré comme le couronnement de son activité de littérateur. Tout ce que les réseaux sociaux contiennent de réactionnaires, de conservateurs et de bourgeois mondains s’attendaient à un nouveau Soumission, à une nouvelle électrisation de l’opinion publique. Pourtant, il n’en fut rien. Les médias, pourtant si prompts à se faire l’écho du moindre soubresaut de notre société en fin de vie, n’y consacrèrent que très peu d’antenne. Et pour cause, Sérotonine est sans  aucun doute une oeuvre mineure dans la bibliographie de Michel Houellebecq.

Le cynisme et le sarcasme en guise de style.

Le narrateur de Sérotonine est un homme dépressif, désabusé et sur le déclin. L’autobiographie qui est livrée au lecteur emprunte aux thèmes déjà régulièrement abordés par Houellebecq dans ses entrevues journalistiques : la fin de l’Occident, sa décadence et  plus particulièrement l’irrésistible disparition de ce qui fît la France à travers ses terroirs, son mode de vie et ses valeurs. L’ensemble des obsessions — légitimes — de Houellebecq sont convoquées tout au long du livre par le narrateur, qui n’est en réalité que l’auteur lui-même.

Si certaines saillies verbales sont parfois amusantes, voire même instructives, sur le sens de la vie, la nature féminine ou l’ambiance naturiste, le style sarcastique du narrateur lasse assez vite le lecteur. La crudité des assertions de l’auteur, la description appliquée de l’ensemble des tabous de nos sociétés (pédophilie, zoophilie, adultère…) et la mise en lumière des pires comportements en société, ne sont souvent que des outils pour choquer le bourgeois. Tout est mal amené et l’intrigue disparaît au profit de commentaires souvent inutiles.

Un roman qui ne libère pas, mais emprisonne et angoisse.

Dès le début du roman, le lecteur est saisi par la multiplication et même l’avalanche de références contemporaines proposées par le narrateur. Aucune place n’est laissée à l’imagination : les différentes marques (Malongo, Cristalline…) prennent le dessus sur l’esprit et servent de marqueurs sur les objets de notre temps. Pour celui qui envisage le roman comme une porte vers une réalité parallèle à son époque, Sérotonine fait l’effet d’une carte retour à la case prison.

En somme, nul intérêt de se ruer en librairie pour acheter Sérotonine lorsque l’on est déjà conscient de la pente glissante de nos sociétés occidentale, sauf à vouloir s’infliger un nouveau choc émotionnel. Néanmoins, cette oeuvre mineure de Houellebecq constituera un parfait cadeau pour votre ami le startuper, votre oncle foulard rouge ou bien votre cousin qui passe sa vie entre Paris et New York. S’ils le lisent jusqu’à la dernière ligne, ils entreverront une morale de Vérité propre à racheter la qualité moyenne de l’ensemble du livre.

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