Paradise Papers : ces fuyards fiscaux dont on ne vous parle pas

Un peu plus d’an après la publication des Panama Papers qui révélaient l’exil fiscal de nombreux membres de l’élite mondialisée, une nouvelle investigation de l’ICIJ (Consortium international de journalistes d’investigation) révèle aujourd’hui les noms de bénéficiaires d’optimisation fiscale. Exil fiscal et optimisation fiscale sont distincts en ce que le premier est illégal tandis que la seconde est légale mais immorale : les contribuables fuient l’imposition de manière outrageuse pour ne payer que très peu d’impôts dans leurs pays respectifs.

À raison, les mass medias se sont empressés de dénoncer tous les responsables politiques proches de Donald Trump ou du pouvoir russe ayant développé des activités dans des paradis fiscaux. Si le cas de la Reine Élisabeth II permet de vendre du papier, celui de l’immonde Trump permet au journaliste à bonne conscience de dénoncer le fascisme orangé d’outre-atlantique. Pour autant, Le Dialectique fait le choix de vous présenter ceux qui ne sont pas cités par les médias, certainement par complaisance.

L'âne et l'éléphant, symboles des Partis démocrate et républicain

Parti démocrate et républicain, tous deux concernés

Il est de bon ton dans les rédactions parisiennes de dénigrer Donald Trump pour l’ensemble de ses actions, jusqu’à même s’en prendre à son allure physique et vestimentaire comme en témoigne cet article de l’Express. L’affaire des Paradise Papers n’est qu’un prétexte supplémentaire pour s’en prendre à la personne de Trump, et ce par ricochet.

En effet, les médias ont fait une sélection pour le moins très orientée des cas d’optimisation fiscale qu’ils vont ressasser dans ces prochains jours. Si vous n’aviez pas cet article sous les yeux, vous n’auriez jamais su que plusieurs membres importants du Parti démocrate sont tout autant mêlés aux Paradise Papers que certains proches de la Maison-Blanche, ainsi qu’un certain nombre d’alliés politiques de l’establishment états-unien.

Vous n’auriez pas su que Penny Pritzker, membre éminente de l’administration Obama, deux jours après avoir été nommée par le champion de l’intelligentsia, a cédé les parts qu’elle possédait dans deux holdings à une société établie au Delaware, un  État américain servant de paradis fiscal. Étonnamment, on découvre aujourd’hui qu’elle n’a pas jugé utile de mentionner dans sa déclaration d’intérêts le fait que cette holding était possédée par ses propres enfants.

Est aussi impliqué le Général à la retraite Wesley K. Clark qui avait été candidat à l’investiture du Parti démocrate pour les élections présidentielles de 2004. Celui qui avait supervisé la campagne mortifère de bombardements de la Yougoslavie en 1999 - et qui a donc acté définitivement le morcellement des Balkans - est mentionné par l’ICIJ pour avoir fait ouvrir une société sur l’Île de Man qui est aujourd’hui au centre d’un procès pour délit d’initié.

Le gouvernement du Brésil dans le collimateur de l’ICIJ

Michel Temer, Président brésilien

Après la destitution très controversée de la Présidente Dilma Rousseff le 12 mai 2016, c’est Michel Temer qui prit sa suite. Accusé d’être à l’origine d’un véritable coup d’état, Michel Temer se serait appuyé sur des cas de corruption plus ou moins illusoires pour obtenir la destitution de Dilma Rousseff. D’ailleurs, Wikileaks révéla en 2016 que Michel Temer était en lien constant avec l’ambassade des États-Unis afin d’informer ses « partenaires » de la situation politique du pays. Les nord-américains n’avaient dès lors plus besoin d’opération Condor puisqu’ils disposaient de l’impeachment.

Dès son arrivée au pouvoir et son gouvernement constitué, de plus importants scandales de corruption que les précédents apparurent. Le scandale Petrobras, du nom de la principale entreprise d’énergie brésilienne, explose alors : trois ministres sont forcés de démissionner et les présidents de l’Assemblée, du Sénat, ainsi que le leader du parti présidentiel et un ancien Président de la République sont arrêtés. Les arrestations et les démissions de proches du Président se succèdent jusqu’à la mise en cause personnelle du Président Temer : trafics d’influence, financement illégal de campagne électorale, versements de pot-de-vin…

Aujourd’hui, à tout cela s’ajoute l’implication de deux ministres dans des processus d’optimisation fiscale, révélée par les Paradise Papers. Tandis que Henrique Meirelles, actuel ministre des finances, a créé pour sa part une « fondation » douteuse aux Bermudes, l’oligarque Blairo Borges Maggi, tout à la fois ministre de l’agriculture et magnat du soja, joue quant à lui dans une division supérieure.

Le sénateur Blairo Maggi en 2015

Non content d’être un cas d’école en termes de conflit d’intérêts, Maggi s’est associé au groupe Louis Dreyfus, anciennement français, afin de créer une nouvelle entité aux îles Caïmans pour, soi-disant, « avoir un meilleur accès aux capitaux internationaux ». C’eût été une bonne défense, si le Brésil n’était pas l’une des cinq destinations mondiales préférées des investissements directs à l’étranger.

Il est tout de même étonnant que les médias n’aient que très peu abordé la situation de la corruption au Brésil depuis l’installation du gouvernement Temer. Il en est de même pour les révélations des Paradise Papers touchant deux imminents membres de ce gouvernement. Véritable obstacle pour la domination totale des États-Unis sur l’Amérique latine, le Brésil renaissant de Lula et Rousseff est tombé sous le feu des projecteurs. Pour autant, il règne désormais un véritable silence médiatique autour de toutes les affaires qui agitent ce pays : le choix qui est fait de ne pas aborder l’immoralité de l’actuelle équipe gouvernementale est avant tout un choix politique.

Cet article n’avait pas pour objet d’être exhaustif sur toutes les personnes liées aux révélations des Paradise Papers, sachez simplement que de nombreuses autres personnalités internationales y sont mêlées. Tel est le cas de trois anciens Premiers ministres canadiens, de l’ancien Chancelier socialiste d’Autriche Alfred Gusenbauer ou de Yukio Hatoyama, ancien Premier ministre du Japon. De nombreux alliés directs des États-Unis sont aussi à mentionner, tels que l’actuel Président colombien Juan Manuel Santos, l’ancien Premier ministre pakistanais Shaukat Aziz ou bien encore la très médiatique Noor al-Hussein, reine de Jordanie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *