Le Cinéma : un acte politique ?

Inventé par les Frères Lumières en France, le cinéma est aujourd’hui catégorisé comme le Septième Art de notre patrimoine culturel.
Comme tous les genres qui se respectent, comme la peinture, la photographie ou la chanson, le cinéma s’use et s’abuse selon les styles qui le définissent pour engager ses réalisateurs dans des dénonciations et des volontés politiques.

L'art de convaincre... Sans convertir ?

Lucas Belvaux fait partie de ces réalisateurs français dont les œuvres n’échappent que très rarement à la polémique. Lancé en 2012, « Les Prédateurs » s’appuyait ouvertement sur l’affaire ELF qui a impliqué nombres de nos politiques. Plus en finesse mais moins réussi, le récent « Chez Nous », financé par France Télévision, cherchait quant à lui a expliquer le fonctionnement interne d’un parti politique au premier abord pour progressivement viser le Front National au détriment de caricatures grotesques…

Autre exemple très parlant, « Valérian » de Luc Besson. Bien que divertissant, le métrage vante un idéalisme subtilement exprimé. Au travers d’un personnage négatif, le récit découle explicitement sur la peur de l’étranger, la non-acceptation de l’autre et la lubie d’une espèce unique. Les interprétations restent ouvertes et diverses au cœur d’un combat contre des visions extrémistes, souvent grossières.

Alors qu’un film se définit grâce à des fondements fictifs, l’engagement de certains documentaires finit par qualitativement dépasser la limite du grand écran :

Au cœur d’une véritable enquête menée par Mélanie Laurent, « Demain » s’attaque à cinq points en y apportant des solutions théoriques : l’alimentation, l’énergie, l’écologie, la démocratie et l’éducation. Dans une optique purement éducative, le métrage propose un film d'anticipation fondé sur l'harmonisation de la société. Ainsi, le documentaire est une œuvre politique concrète qui remet en question l’intégralité du fonctionnement de nos institutions tout en y apposant de nouvelles idées. Son succès inattendu prouve par ailleurs que les gens s'investissent et s’intéressent encore à leur quotidien : une logique différente de celle qui règne actuellement...

Toujours dans une logique dénonciatrice, « Merci Patron » a pu se vanter d’un impact explosif, tant pour l’œuvre que pour le réalisateur, François Ruffin, récompensé aux Césars de 2016. Son coup de gueule, en direct lors de la remise de son prix, lui a permis de réaffirmé une nouvelle fois son combat contre les délocalisations, conséquences directes du mondialisme dominant. Désormais député de la France Insoumise, François Ruffin a fait de son film un exemple en matière de cinéma politique. Néanmoins, en refusant toute neutralité électorale, il a fini par destiner son enquête à un catégorie de votants très spécifique. 

Costa-Gavras_Masterclass_Spielberg

Dans le magazine Le Monde, le cinéaste Costa-Gavras déclarait en mai 2014 que  « les intellectuels nont plus la force dintervention quils avaient auparavant, car les positions à prendre sont aussi plus complexes aujourdhui. »

De ce fait, le genre détient une veine enrichissante, seulement la barrière entre la soutenance de l’engagement et les strictes convictions du cinéaste étant très mince, la condition de l’impartialité a souvent du mal à être respectée. 

Le divertissement à finalité réformiste

Il y a ces films qui ne cachent pas leurs orientations, puis il y a ceux que nous regardons quotidiennement, inscrits dans l’ordre du commun. Du drame social à la comédie romantique, ces métrages éclairent des dysfonctionnements sociaux sans pour autant discréditer les institutions. Dénonciatrices d’un tableau d’actualité, ils se veulent généralement progressistes, voir réformistes au profit d’une finalité divertissante.

Comment ne pas commencer par « I, Daniel Blake » de Ken Loach. Cette pépite britannique relate l’histoire vraie d’un homme vivant dans la précarité. Ultra-réaliste, frontalement actuel, le métrage humblement récompensé fonde sa vision sur le bas de l’échelle sociale. Il accentue les conséquences de vie des travailleurs confrontés au chômage, à la pauvreté et à ses conséquences.

Autre exemple d’un biopic très parlant : « La Fille de Brest ». Le combat de la pneumologue Irène Frachon contre le laboratoire pharmaceutique à l’origine du Mediator a permis de mettre en lumière l’un des plus grands scandales sanitaires du siècle à quelques mois de la présidentielle.
Ce type de cinéma n’a pas de volonté profondément contestataire, mais relève plutôt d'une âme d’activiste pour un combat humanitaire. Leur objectif est d'agir pour faire réagir au gré d’un contact direct.

Sorti sur Netflix par défaut, « OKJA » est une référence en matière d’exemple du cinéma implicitement engagé. Narrant l’histoire d’un cochon artificiel créé pour répondre à une demande capitaliste, la fiction positionne son histoire sur la fibre affective tout en surfant sur la révélation glaçante du fonctionnement de notre société alimentaire, commerciale et médiatique. A noter que l’ensemble du milieu cinématographique a consciemment boycotté ce chef d’œuvre au Festival de Cannes 2017 pour ensuite l’interdire dans les salles françaises. C'est à croire que le cinéma peut se savourer et s’exprimer mais uniquement selon certaines limites intellectuelles bien contrôlées…

C’est un autre genre bien à part mais qui se détache : la comédie. A titre d’exemple, « Trois Frères » : Œuvre culte sortie en 1995, le film tourne à la dérision un drame dans une France qui souffre des décisions politiques, de la sphère financière et judiciaire et des restants de Mai 68.
Avec une plume plus tendre, les comédies romantiques françaises excellent dans la continuité d’une révolution sexuelle plus terne, plus adoucie, plus progressive. Alors que « Un bonheur n’arrive jamais seul » entamait l’idée que les opposés s’attirent en approfondissant le fantasme d’une mixité sociale, d’autres romances ont poursuivi cette lancée évolutive. Ont suivi « 20 ans d’écart » qui, rien que par son titre, a démocratisé ces relations à fortes différences d’âges, puis « Embrasse-moi », sorti cette année et qui aborde frontalement l’homosexualité entre romantisme et réalisme.

Il est évident que chaque génération adopte des codes qui s’allient aux évolutions numériques, sociales et économiques qui s’imposent. Les combats sont différents, les évolutions divergentes et c’est bien ce qui alimentent les débats autour de chacun de ces films. Oui, le cinéma est une source de divertissement mais c’est avant tout une pépinière culturelle où chacun perçoit inconsciemment ses opinions et ce de manière libre et non-contrôlée. Il en résulte une identification grâce à une représentation universelle.

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