La libéralisation du rail : ce cauchemar qui nous attend.

Le quatrième paquet ferroviaire prévu par la Commission européenne prévoit l’ouverture à la concurrence des lignes de TGV dès 2020 et des TER en 2023. Il a été présenté par la Commission en janvier 2013. Son objectif déclaré est d’ « améliorer la compétitivité et la qualité des services ferroviaires, en supprimant les coûts administratifs, en introduisant une concurrence accrue dans le secteur des services de passagers, et en garantissant des conditions équitables pour les opérateurs. »

 

La libéralisation du rail : une vieille lune de la Commission européenne

Un petit rappel historique sur les méfaits de la Commission en matière de libéralisation ferroviaire s’impose.

Le premier paquet ferroviaire a été acté en 2001. Avec un principe simple : l’ouverture programmée de tous les secteurs du transport ferroviaire à la concurrence. Ce fut d’abord le fret, dont la libéralisation fut actée par le 2ème paquet ferroviaire. Il en résulta une catastrophe qui dure toujours. Considéré comme absolument non fiable et cher, le fret français a vécu.

Indifférent à un échec unanimement reconnu, la Commission entend donc faire subir le même sort au transport national de voyageur. Ses propositions idéologiques entretiennent le mythe que l’ouverture à la concurrence va permettre de rendre plus attractif la modalité ferroviaire . Ce qu’absolument rien ne prouve, au contraire ! Dans le cas du fret, un rapport du Sénat publié en 2012 sur le IVème paquet ferroviaire établit la corrélation positive entre le financement public et l’utilisation du fret. La même corrélation est établie pour le transport de voyageurs. Plus l’Etat investit dans la modalité ferroviaire, plus elle est utilisée, indépendamment de l’ouverture à la concurrence.

De fait, la libéralisation du fret et la future libéralisation du transport de voyageur sont  des chimères.

Si la libéralisation du fret et du transport international a été une chose relativement confidentielle, nos concitoyens vont pouvoir, cette fois-ci, apprécier dans leur vie quotidienne l’imbuvable élixir du libéralisme.

 

La libéralisation : une gabegie pour l’usager et le contribuable

Les effets de l’horreur à venir sont connus. Voici près de trois décennies que l’Angleterre a succombé aux sirènes libérales. Elle a privatisé British Rail, son opérateur historique. Certes, British Rail n’était pas un modèle et le service laissait à désirer. On l’estimait couteux pour le contribuable, les billets étaient cher pour un service qui ne donnait pas satisfaction. Seule la privatisation, d’après les chantres du système libéral, pouvait régler ces problèmes. De façon parfaitement dogmatique, on a décidé que le privé « faisait mieux et moins cher » avec le même aplomb que montrent, trente ans plus tard, les « experts » de la Commission.

Fort de cette expérience britannique de trente ans, il convient de l’analyser pour savoir à quelle sauce les usagers vont être mangés à partir de 2020.  Les caractéristiques du réseau anglais, par sa densité et le nombre de personnes transportées, permet de faire une projection intéressante sur ce qui attend le réseau français.

La première question que va poser la libéralisation, légitimement, est celle du prix du billet. Or, globalement, les prix du billet, en Angleterre, ont augmenté de 30% depuis la privatisation, plaçant le Royaume-Uni en deuxième position des prix les plus élevés en Europe en matière de train. En effet, le Royaume-Uni se classe deuxième avec un coût moyen de 23 euros pour 100 kilomètres, contre moins de 18 euros pour la France. D’après l’association de défense du service public anglais We Own it, certaines lignes ont  vu le prix de leur billet augmenter de 245% depuis la privatisation. Notamment certains trajets Londres-Manchester qui sont passés de 90 livres sterling en 1994, à plus de 300 livres en 2014.

Il suffit pour voir l’ampleur du massacre sur le pouvoir d’achat des Britanniques, de comparer la part du budget alloué au transport ferroviaire entre un ménage britannique et un ménage français. Un ménage britannique dépensera en moyenne 14% de son budget en frais de train, contre seulement 2% pour un ménage français La privatisation du rail va être une véritable hécatombe pour le porte-monnaie des Français.

Tout ceci, sans que le contribuable ne s’y retrouve, la privatisation devait générer des économies. Elle a en fait ruiné le contribuable britannique puisque, malgré la privatisation, l’Etat subventionne massivement les compagnies ferroviaires. On estime que le coût global du réseau britannique est de 30% supérieur à la moyenne des pays européens comme la France ou encore l’Espagne.

En effet, la multiplication des opérateurs entraîne des frais astronomiques de coopération des acteurs afin d’assurer la sécurité des passagers.

Or, les résultats en Grande-Bretagne ont été nettement insuffisants en la matière. La libéralisation, malgré les frais importants de coordination, a entraîné de nombreux accidents de trains dont l’un des plus fameux, celui de Hatfield en 2004, fit quatre morts et des dizaines de blessés, à cause de l’état lamentable du réseau ferré qui souffrait d’un sous-investissement. L’équivalent britannique du RFF, British Rails, fut obligé de réaliser à la hâte un plan d’investissement contre la multiplication des accidents.

 

Un danger pour nos territoires et notre souveraineté

Le Royaume-Uni a fait le choix d’une ouverture sauvage à la concurrence, c’est-à-dire l’exacte proposition de la Commission dans son quatrième Paquet ferroviaire. Le biais idéologique était celui de la concurrence pure et parfaite hérité des auteurs libéraux du XVIIIème siècle. Ainsi, dans l’idée de la Commission, la multiplication des acteurs permettra une concurrence libre et non faussée. Elle ferait baisser les prix. Or, cette posture signifiera la mort de la ruralité. La multiplication des acteurs aura pour conséquence un arrêt de toutes les lignes non rentables, notamment celles qui irriguent nos territoires autant qu’elles le peuvent.

Cette libéralisation a également engendré un paradoxe cocasse. En réalité, le réseau britannique est détenu par des entreprises publiques étrangères qui, chaque année, rançonnent littéralement les Anglais. Et pour cause : elles n’ont absolument aucune considération de l’intérêt national britannique. Elles agissent en entreprises prédatrices. Les entreprises françaises et allemandes ont été les principales gagnantes de cette libéralisation anglaise. Deutsche Bahn réalise ainsi un bénéfice d’un milliard de livres par an sur le réseau anglais. Kheolys, filiale de la SNCF, n’est pas en reste avec plusieurs centaines de millions par an.

Finalement, cette libéralisation, exemplifie à la perfection l’avenir de notre pays : privilégier les entreprises étrangères, démanteler nos grands champions publics, mettre dans la main d’intérêts privés étrangers un pan stratégique de notre économie.

2 thoughts on “La libéralisation du rail : ce cauchemar qui nous attend.

  1. Tous ces retards dus à la SNCF….(suppression par la base depuis les années 70 d un effectif indispensable au bon fonctionnement pour une politique absurde « tout TGV ») nous préparent à des lendemains pires avec une libéralisation du rail au plus offrant avec tous les risques humains qui en découleront!

    1. Cher Palué,

      Vous avez tout à fait raison. Cette libéralisation n’améliorera ni la qualité du service pour l’usager, ni les conditions de travail au sein de la SNCF.

      J’espère que vous avez apprécié cette lecture,

      L’équipe du Dialectique,

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