Jair Bolsonaro, un patriote mondialiste ?

Le 1er janvier dernier, deux mois après son élection, Jair Bolsonaro a pris ses fonctions de Président de la République fédérale brésilienne. Élu avec une large avance sur le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad, le Président brésilien est perçu par les uns comme un meneur d’extrême-droite, par les autres comme un patriote conséquent. Son alignement pro-américain, sa politique économique libérale et ses sorties médiatiques tonitruantes n’ont été à aucun moment analysés par les médias dominants. Pour éviter les anathèmes, Le Dialectique vous propose de vous intéresser au fond de ce problème.

Une politique internationale strictement états-unienne.

Alors que le Brésil opposa durant toute l’ère Lula-Rousseff une grande résistance vis-à-vis de l’envahissant voisin états-unien, Bolsonaro ne semble pas vouloir continuer sur le chemin de la stricte indépendance nationale. En effet, à peine entré en fonction, il a fait savoir qu’il était tout à fait disposé à accueillir une base militaire yankee sur le sol de la République fédérale. Or, dans une période de franche hostilité américaine vis-à-vis du Venezuela de Maduro, il est clair que cette mesure a pour principal intérêt d’enserrer la République bolivarienne grâce à un étau Bogota-Brasilia.

L’alignement de Bolsonaro sur les positions états-unienne se retrouve également sur la question des accords économiques avec la Chine dont il dénonce les déséquilibres structurels. Le nouveau Président a également décidé de transférer l’ambassade brésilienne de Tel Aviv à Jérusalem, adoptant une attitude mimétique vis-à-vis de son homologue américain, y compris sur le dossier iranien.

Lors d'une manifestation lesbienne contre lui, Bolsonaro filme ironiquement ses opposantes

Bolsonaro, du protectionnisme au libre-échangisme.

Sur la question économique, Bolsonaro a également opté pour une position très anglo-saxonne. Pourtant, le locataire du Palais du Planalto n’a pas toujours porté ces revendications libre-échangistes. Au contraire, il dénonçait auparavant les privatisations entreprises par l’ancien Président Fernando Henrique Cardoso, allant même jusqu’à demander qu’on le fusille pour avoir privatisé l’entreprise publique VALE, en charge de l’extraction de minerais.

Néanmoins, depuis 2016, Jair Bolsonaro en est revenu à des théories bien plus libérales. Dans la ligne de mire du nouveau Gouvernement, la privatisation de Petrobras — le géant brésilien de l’extraction pétrolière — et de nombreuses autres entreprises à capital public. Le nouveau ministre de l’économie, Paulo Guedes, nourri aux théories économiques extrémistes d’Hayek, prétend faire des privatisations « la priorité du Gouvernement » lors de ce mandat. Guedes a planifié un véritable agenda politique digne des Chicago Boys, pas question pour lui de lésiner : renforcer l’indépendance de la Banque centrale, privatiser le système de retraites, suppression totale des charges patronales pour le paiement de la sécurité sociale…

L’avatar d’un nouveau patriotisme mondialiste.

Au mois d’octobre, lors de la progression constante de Bolsonaro dans les sondages, la bourse de Sao Paulo n’a cessé de grimper jusqu’à atteindre une hausse de 10% en un mois. Le parti présidentiel, le Parti Social Libéral (PSL), a dès lors été reconnu par les actionnaires et investisseurs comme une opportunité de défendre leurs intérêts. Dans un pays où le taux de pauvreté dépasse encore 10% de la population malgré les efficaces réformes de Lula en la matière — notamment la Bolsa Familia — les positions populicides de Bolsonaro ne seront pas de nature à plaire à un patriote conséquent.

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