Gilets jaunes : ont-ils un autre choix que la violence ?

GONZALO FUENTES- REUTERS

Crédit : GONZALO FUENTES – REUTERS

Aucune gronde, aucune révolte dans l’Histoire de France n’a atteint ses objectifs politiques sans passer par la violence. Le pouvoir, par le mépris qu’il porte envers le socle sur lequel il repose, nourrit lui-même cette violence. Dans une France atomisée, déchirée politiquement, la violence est finalement la seule bannière derrière laquelle les Français arrivent à s’unir. La violence est-elle le dernier recours des gilets jaunes ?

Nous nous contenterons de paraphraser Christophe Guilluy pour expliquer la situation dans laquelle se trouve le pays. La France d’en haut et la France périphérique, pour reprendre les termes du sociologue, sont rentrées en confrontation.

Sur Paris Première, l’auteur de No Society prédisait, au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, cette situation. Après une élection marquée par l’opposition de ces deux France, celle d’en haut sortait encore vainqueur. De là, Christophe Guilluy annonçait gravement que « tout cela allait très mal se terminer ».

Cette France d’en haut, cette « bulle », est restée intacte. Les électeurs, tétanisés à l’idée de voter Marine Le Pen, favorisant leur intérêt de classe ou simplement abstentionniste ou votant blanc, donneront (avec une très faible part du corps électoral), une large victoire à Emmanuel Macron, incarnant avec son parti et ses soutiens, « la France des gagnants de la mondialisation ». Christophe Guilly préconisait alors dans cette même interview que le Président s’attèle en priorité à la « réintégration économique et culturelle de ces catégories là ». Il n’en a rien été.

Le mirage du renouveau politique promis par En Marche envolé, une communication laborieuse du Président et des mesures fiscales confiscatoires : tous les ingrédients étaient réunis pour faire exploser cette France périphérique.

Le mouvement des gilets jaunes nait alors, et toute sa violence avec. Dès l’Acte III, toutes les grandes villes de France connaissent des scènes de guérilla urbaine.

« La violence au service de la raison » ? (Lucien Lacour)

Nous faisons face à l’éternel dilemme de la légalité et de la légitimité. Or, le pouvoir n’est plus légitime au yeux de ces nombreux Français, les résultats désastreux de ses politiques depuis 40 ans, ses tromperies et son mépris, sont des forfaits à la « représentation nationale », que ses élus sont censés incarner.

Les voies légales étant bouchées, les gilets jaunes empruntent donc logiquement des voies extra-légales. Telles que bloquer un rond point, mener un opération péage gratuit et manifester sans déclaration en préfecture.

Toutefois, ces actions sont pacifiques donc tolérées par les autorités, et soutenues par la majorité des gilets jaunes. Mais il faut bien voir la limite de ces actions.

Une économie partiellement ralentie n’effraie donc pas un gouvernement, et l’économie actuelle n’est plus celle des théoriciens de la grève générale. Il ne suffit plus aux ouvriers de la déclarer. Il n’y a presque plus d’industrie en France, et il n’existe pas de conscience de classe dans le secteur tertiaire qui représente 80% des emplois.

Le poids des images et la mise en place d’un rapport de force

Seules les images de répression et de violences entre manifestants et forces de l’ordre font trembler. Toute violence est regrettable, mais elle devient nécessaire et inévitable pour faire comprendre à des hommes politiques déconnectés de toutes les réalités, l’urgence de la situation.

Les scènes de vandalisme et de violences contre la police (qui la rend bien), aussi révoltantes soient-elles sont d’une efficacité redoutable. Elles envoient un message très fort, celle de la mise en place d’un rapport de force. 

Le gouvernement sait que la police ne tiendra pas longtemps, car dans ses rangs, beaucoup partagent les mêmes exaspérations, des primes de 300 euros n’y changeront rien. De plus, le mouvement des gilets jaunes étant tellement massif, et la colère tellement forte, il peine à souffrir de quelque essoufflement. 

C’est d’ailleurs là que les gilets jaunes se distinguent des mouvements dits sociaux, menés par les syndicats. Ils rassemblent infiniment plus de Français et sont beaucoup plus violents et radicaux. Les gilets jaunes ne se contentent pas de réclamer une baisse des impôts mais scandent des « Macron démission ! » et affichent une très franche hostilité contre le monde politique, bancaire, financier et médiatique.

En quelques semaines, les Gilets jaunes ont fait reculer le gouvernement, là où 15 ans de manifestations sectaires des syndicats ont échoué. Sectaire, oui, confer à Lyon et à Nancy, l’expulsion de l’UPR par la CGT des cortèges syndicaux contre la réforme de la SNCF, qui ne toléraient la présence d’aucune nuance de rouge.

Le retour massif des gilets jaunes après les fêtes n’est pas de bonne augure. Si le gouvernement n’est pas tombé avant Noël, comme le souhaitait David l’Epée, ce n’est peut-être que partie remise.

La version vidéo du texte que j'ai partagé hier et qui a pas mal tourné sur les réseaux sociaux ces dernières 24 heures. L'objectif reste toujours le même : le gouvernement doit tomber avant Noël.

Posted by David L'Epée on Wednesday, December 5, 2018

Du droit à l’insurrection

Malheureusement, l’expérience l’a montré, aucune manifestation pacifique, aussi massive soit-elle, ne fait reculer un gouvernement, aussi illégitime soit-il.

Il ne suffit plus de marcher dans les rues avec des grands panneaux, des chars et des mégaphones. Même avec des millions de personnes dans la rue pendant plusieurs semaines, le gouvernement reste sourd. Il suffit de voir les résultats parfaitement nuls des mouvements syndicaux depuis 15 ans ou bien des « manifs pour tous » successives.

La civilisation héléno-chrétienne a rendu légitime la résistance à l’oppression depuis le droit romain avec une maxime qui en posait les prémices, Vim vi repellere licet (« il est permis de repousser la force par la force »), les droits de l’Homme reprendront ce droit, ainsi que la doctrine sociale de l’Eglise, qui envisage même parfois le recours aux armes dans certains cas extrêmes (Point 401 de la doctrine sociale de l’Eglise).

« Reconnaître que le droit naturel fonde et limite le droit positif signifie admettre qu’il est légitime de résister à l’autorité dans le cas où celle-ci viole gravement et de façon répétée les principes du droit naturel. Saint Thomas d’Aquin écrit qu’ « on n’est tenu d’obéir… que dans la mesure requise par un ordre fondé en justice »

400. Le droit de résister. Doctrine sociale de l’Eglise

Le mépris envers les gilets jaunes nourrit leur violence

Les médias n’ont rien vu venir, de la curiosité, ils sont vite passés à l’opprobre. On voulait bien tolérer les gilets jaunes, à la condition qu’ils ne débordent pas, qu’ils ne bloquent pas les routes, qu’ils ne manifestent pas trop souvent.

Ainsi, un « arc républicain » s’est rapidement formé, dans les médias s’est mis en place un terrorisme intellectuel visant à décourager le soutien aux gilets jaunes. Il fonctionne encore parfois avec la « France d’en haut » qui fait confiance au système politico-médiatique. Mais le pays déjà mobilisé en gilet jaune est désormais insensible à ces exhortations.

À la veille de l’acte IX, le ministère de l’Intérieur Christophe Castaner dans une vidéo, a même averti ceux qui manifesteront qu’ils seront complices des violences commises. Ou encore Marlène Schiappa, prise d’un délire autoritaire et confiscatoire faisant fermer la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger, et réclamant les noms de donateurs.

Seuls quelques intellectuels et philosophes, prennent le temps de voir et de comprendre le mouvement, comme Michel Onfray ou Vincent Cespedes.

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