Les Gilets jaunes contre l’Union européenne

Les manifestations de gilets jaunes se suivent et se ressemblent. Aucun pouvoir ne parvient à venir à bout de cet entrain populaire. Aucun gaz lacrymogène n’est assez irrespirable, aucun spray policier n’est assez poivré, aucun matraquage de la police d’État n’est assez fort pour ces gilets jaunes. Ils semblent venus d’un autre temps aux yeux des urbains parisiens ; ces derniers avaient en effet oublié l’effet que peut produire la testostérone dans des mobilisations populaires. Voilà que reparaissent le courage, la résistance et l’abnégation face à un système habitué aux pleutres et aux résignés.

Malgré les mesures proposées par Emmanuel Macron concernant la prime d’activité, le gel de la hausse de la CSG, la suppression de la hausse des carburants, ces gilets jaunes sont toujours là, mobilisés. Ils en veulent plus : plus de démocratie populaire, plus de protection, plus de vertu républicaine de la part de nos élites. Ils s’adressent virilement à la Présidence de la République française, mais n’ont-ils pas pris pour cible la mauvaise institution ? Le problème ne se situe-t-il pas au-dessus du Gouverneur Macron, en charge de la province française soumise à l’Union européenne ?

Oeuvre de l'artiste Banksy, à Douvres (2018)

L’impossible souveraineté populaire dans l’Union européenne

La principale revendication qui a émergé ces dernières semaines est la création d’un authentique Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), calqué sur les votations suisses ou californiennes. Ce RIC permettrait à un groupe de citoyens de proposer à l’ensemble des citoyens d’adopter une loi, d’abroger une loi ou bien de révoquer un élu. Inspiré de la démocratie participative érigeant le Peuple en souverain politique suprême, le RIC est pourtant incompatible avec le système européiste.

Depuis 1989, le droit européen est venu s’imposer peu à peu au droit national comme étant supérieur à ce dernier. À tel point qu’il est aujourd’hui anticonstitutionnel de ne pas transposer une directive européenne ; le Gouvernement et le Parlement se trouvent donc pieds et poings liés face aux textes européens. Si demain un groupe de citoyens en venait à proposer un texte de loi contraire aux Traités européens ou aux exigences européennes, celui-ci ne pourrait être que bloqué, voire rejeté, par les juges nationaux et constitutionnels : l’interprétation de notre Constitution nous imposerait de faire primer le droit communautaire sur la proposition de loi populaire. C’est pourquoi le RIC dans le contexte européiste n’est qu’une chimère.

Billet Henri IV de 5.000 anciens francs (1958)

Les revendications des gilets jaunes sont souverainistes

Au-delà même des mécanismes juridiques et politiques imaginés par les gilets jaunes, les revendications du mouvement s’opposent assez nettement au carcan européen. Parmi celles-ci la protection des industries nationales afin d’éviter les délocalisations, la fin du mécanisme des travailleurs détachés, la contestation de la dette publique illégitime et de son remboursement, l’interdiction de privatiser les biens publics, le fait de revenir sur la libéralisation du rail …

La contestation du système européiste, et à travers lui du mondialisme, est partout présente dans ces mobilisations. À l’heure où la France Insoumise réoriente son discours vers une stratégie de « gauche plurielle » et où le Rassemblement national fait le choix de « l’union des droites », l’élan populaire porte plus que jamais une contestation de l’Union européenne et de son fonctionnement, parfois sans même le savoir. En passant de l’inconscient collectif à la conscience populaire, cette revendication pour une plus grande justice sociale pourrait parfaitement se muer en une lutte nationale contre l’ordre européiste castrateur.

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