Facebook & Souveraineté : « souriez, vous êtes espionné ».

Facebook est depuis peu dans le collimateur de la très puissante FTC, l'agence de commerce américaine, suite à une fuite de données. Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, devrait être également entendu par les autorités européennes prochainement.
Une opportunité pour s'interroger sur notre souveraineté numérique, avant qu'il ne soit trop tard...

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook

Depuis une quinzaine de jours, Facebook est au centre de l’attention médiatique états-unienne, et même mondiale. La cession passive des données personnelles de cinquante millions de nationaux à l’entreprise de stratégie politique Cambridge Analytica n’a pas été bien perçue par l’opinion publique. D’autant plus que Cambridge Analytica fut à la manœuvre d’abord pour la campagne du républicain Ted Cruz puis, après son échec, pour celle du candidat Donald Trump.

Ce scandale — bien qu’instrumentalisé pour nuire une nouvelle fois au Président Trump — doit nous permettre de nous interroger sur ce qu’est notre souveraineté numérique. Bien que nous soyons conscients que nos données résultant de l’utilisation du réseau social sont enregistrées et archivées, est-il normal que celles-ci soient accessibles à quiconque sait tirer profit des failles de Facebook ?

Max Schrems, étudiant en droit

Face à ce géant de la Silicon Valley, il existe des initiatives  porteuses d’espoir.
Prenons par exemple le 6 octobre 2015, qui connut, grâce à l’action d’un jeune autrichien étudiant en droit, Max Schrems, l’invalidation de l’accord dit Safe Harbor entre les États-Unis et l’Union européenne. Cet accord organisait paisiblement le transfert de nos données vers les États-Unis, sans que cela n’émeuve personne. Cette date est fondatrice d’une prise de conscience d’une partie des utilisateurs éclairés des réseaux sociaux.

La question du contrôle des données est certes cruciale dans le cadre de la protection de la vie privée des utilisateurs, mais elle l’est certainement plus dans le cadre du développement de l’Intelligence Artificielle (IA). Pour les non-initiés, l’IA est une forme de programme en pleine expansion qui, à partir de données fournies par l’Homme, est capable d’agir et de penser par elle-même. L’IA peut agir en toute matière, souvent mieux que l’Homme, pour par exemple faire des diagnostics médiaux mieux que de nombreux médecins. La clef du développement de nombreuses IA dites en apprentissage supervisé, de leur auto-amélioration, se situe dans les données massives disponibles pour les nourrir, appelées big data en anglais.

À l’heure où les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et NATU états-uniens (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) et les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) se partagent les données mondiales, y compris les données européennes, il est urgent de mettre en place une législation protectionniste pour que cela cesse. Cette législation doit être suffisamment flexible pour permettre l’émergence de géants européens — ou même français en cas de défaut de prise de conscience bruxelloise — mais suffisamment solide pour résister aux groupes d’intérêts étrangers.

En outre, la souveraineté numérique est vide si elle n’est pas articulée à une forte volonté politique de soutien et de création de structures capables de concurrencer les GAFAM, les NATU et les BATX ; il faut envisager un véritable colbertisme numérique. Que ce soit pour des d’enjeux de sécurité intérieure, de puissance économique ou de protection des utilisateurs, la questions des données personnelles doit être la porte d’entrée d’une réflexion globale sur la place que l’on accorde à l’État — seul garant de la souveraineté populaire et nationale — dans le domaine du numérique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *